Depuis plusieurs années, les médias n'ont qu'un mot à la bouche : « le piratage ». Qu'il concerne la musique, les logiciels, les films... ce terme est maintenant employé pour désigner tout téléchargement d'une œuvre dont la redistribution est encadrée. Seulement voilà, le terme même de « piratage » est mauvais. Je vais donc commencer par vous expliquer comment se définit ce terme, ensuite, j'aborderai certains points qui me semblent important, principalement la musique, les films et les logiciels.

Le « piratage » fait référence à des actes de piraterie, commis par des pirates. Au fil du temps, le terme a évolué et il désigne maintenant les personnes attaquant les réseaux et serveurs.
Un pirate est un criminel, qui prend possession, avec violence ou menace, d'un moyen de transport. Encore aujourd'hui, un pirate peut être condamné en France à 20 ans de prison.
Dans la bataille de la francisation des mots utilisés sur l'Internet et, plus généralement, en informatique, notre Commission générale de terminologie et de néologie a donc décidé d'utiliser le terme « pirate » pour désigner quelqu'un « qui contourne ou détruit les protections d'un logiciel, d'un ordinateur ou d'un réseau informatique ». Rappelons que nous ne sommes plus en présence d'un crime, mais d'un délit.
Il devient alors intéressant de replacer les choses dans son contexte : en effet, si on utilise le même mot pour définir à la fois un délit plus ou moins grave (celui de pénétrer dans un système d'information sur lequel nous n'avons aucun droit, de récupérer des données confidentielles ou d'endommager les fichiers) et un crime (vol d'un navire pouvant être accompagné de violence, de meurtre, de torture) c'est que l'on insinue que ces deux affaires sont aussi graves l'une que l'autre. C'est faux. Certes, le piratage d'un système informatique d'où s'ensuit la suppression de bon nombre de données primordiales, c'est grave. Mais ce n'est pas un crime. Et le « pirate » n'a tué personne.
Désormais, les médias (télévisions, journaux, radios...), les producteurs et vendeurs de musique et de film, nos ministres... utilisent le terme « pirate » pour désigner une personne, comme vous et moi, qui télécharge musique et film illégalement. Il y a donc un énorme amalgame qui est fait : on compare un citoyen sans casier judiciaire qui télécharge un titre d'un artiste qu'il aime bien, à quelqu'un qui récupère les numéros de carte bancaire de 42 000 clients d'un site de vente en ligne, ou à un pirate qui faisait subir à ses victimes toutes sortes de tortures. Pourquoi ? Pour faire peur aux gens ! Eh oui, votre voisin, là, qui « pirate », c'est pas quelqu'un de net, il faut s'en méfier ! Certes, c'est illégal, mais c'est loin d'être comparable.

Jim McDermott
« Vous pouvez faire ce que vous voulez des gens si ils ont peur »

J'aime cette phrase. Elle peut s'appliquer dans beaucoup de cas de figure et notamment celui qui nous intéresse. À quoi peut donc bien servir de diaboliser les gens qui téléchargent illégalement de la musique ou des films ? Je dirais que ça permet d'instaurer plusieurs types de ressentiments :

  • la personne prend peur de tout ce qu'elle entend à propos des peines et des condamnations possibles en cas de téléchargement illégal, et elle préfèrera acheter
  • la personne connait des gens qui téléchargent de la musique illégalement et, par peur que ses amis se fassent prendre, les mets en garde contre leurs habitudes et leur conseille d'acheter

De même, le téléchargement de musique et de film est selon moi quelque chose qui peut se révéler avoir des côtés très positifs. Avec les nouvelles plateformes (malheureusement « inaccessibles » et mal conçues) telles que MySpace, de nombreux groupes se font connaitre sans l'aide des « majors ». Et ils se font connaitre d'une manière beaucoup plus démocratique et efficace (des milliers d'internautes) qu'ils ne pourraient se faire remarquer que par un ou deux employés de telle ou telle maison de disque cherchant plus le profit, privilégiant la quantité à la qualité. De plus, les « majors » n'ont tout simplement pas les moyens de détecter tous les jeunes talents existants.
Pourtant, ces mêmes « majors » autorisent des sites comme Deezer, n'est ce pas là une formidable preuve d'hypocrisie ? En effet, l'internaute a accès sans payer, sans s'inscrire à toute la musique qu'il veut (et la « combine » pour récupérer le fichier écouté est tellement simple...). Et ce sont ces mêmes entreprises qui vendent des CDs vierges dans le commerce estampillés « spécial audio ».

En fait, je pense que tout ceci n'est qu'un véritable « pousse à la consommation ». Les maisons de disques, cherchaient un bon moyen de faire penser aux gens qu'ils pourraient gagner en responsabilité et en engagement tout en essayant d'augmenter leurs ventes ont eu l'idée de diaboliser une partie de la population, celle qui préfère le téléchargement. La question que pourtant personne ne se pose est : pourquoi le téléchargement de musique et de film est-il aussi populaire ?

  • parce que les CDs et les DVDs sont hors de prix
  • parce que c'est bien plus rapide et que ça économise de se déplacer
  • parce qu'on peut retrouver des musiques ou des films introuvables en commerce, de nos jours (ancien vinyles, entre autre...)

Notons aussi qu'une grande partie des gens qui téléchargent de la musique, si elles apprécient l'œuvre, achètent la version vendue dans le commerce dans le seul et unique but de soutenir l'artiste (cette attitude est de plus en plus découragée par les prix exorbitants pratiqués pour les CDs)

Le meilleur moyen d'augmenter les ventes serait sûrement de baisser les prix. Quand je vais dans un magasin de musique, tous les CDs sont aux environs de 20€, peut importe le nombre de piste, c'est très cher. Les films, c'est encore plus cher.
Et pour retourner sur cette idée d'économie de déplacement, il faut bien se dire qu'en 2008, avec l'Internet et les outils de ce genre, les gens aiment à avoir tout de chez eux, sans effort. C'est logique et c'est le but même d'Internet. On pourrait alors imaginer que ces éditeurs de contenu mettraient à disposition la musique et les films en téléchargement payant à des prix dérisoires. Ils le font, certes, mais très mal. Leurs sites sont impossibles d'accès si on n'utilise pas un système d'exploitation Microsoft Windows, un plugin Adobe Flash et un lecteur Windows Media Player capable de lire les fichiers protégés par ces fameux DRM. Autrement dit, on nous force à utiliser des logiciels eux-mêmes privateurs afin de nous vendre de la musique à bas-prix.

La musique achetée sur Internet directement auprès des « majors » est une énorme arnaque. Le prix peut paraitre intéressant mais, non seulement, l'achat d'un titre oblige d'acheter aussi des logiciels privateurs pour les écouter mais surtout : vous n'achetez qu'un contenu de faible qualité, sans aucun support (jaquette, CD...). Un CD acheté dans le commerce bénéficie d'une pochette, des fois même de photographies, paroles, livret sur l'artiste. La qualité sonore d'un CD audio est excellente. Un titre acheté sur Internet est en MP3, c'est un format compressé qui fait perdre énormément de qualité.
De fait, la musique achetée sur Internet n'a presque aucune valeur, comparée à un vrai CD.

Richard Stallman
« C'est une question du système social dans lequel le programme s'utilise. [...]
Tu es en danger de tomber dans un dilemne moral, à n'importe quel moment, quand un ami te demande une copie du programme. À ce moment, tu seras obligé de choisir entre deux maux.
Un mal est : lui donner une copie et rompre la licence du programme. L'autre mal est : obéir à la licence du programme.
Étant dans le dilemne, tu devrais choisir le "mineur mal" qui est : lui donner une copie et rompre la licence du programme.
»

C'est d'ailleurs une bonne raison d'aborder un sujet qui était à la mode il y a quelques années mais que les médias semblent délaisser au profit de la musique : les logiciels. En effet, est considéré comme « pirate » la personne qui télécharge de la musique et des films mais aussi un logiciel dont, là aussi, la redistribution est encadrée.
Seulement voilà, à ce niveau, on peut très bien combattre ce système : il suffit d'utiliser des logiciels libres. Il est en effet possible de n'utiliser que des logiciels libres et de se débarrasser de ce vieux modèle de frein à la redistribution.
On peut alors regretter qu'encore très peu de musiciens s'intéressent au mouvement du libre. Des artistes commencent à assouplir les conditions de redistribution de leurs œuvres, on ne peut qu'espérer que ce mouvement s'intensifiera et que la redistribution de la musique deviendra bientôt « libre ».
La situation rêvée serait que, parallèlement au monde des « majors », se développe une véritable production de musique libre (respectant ainsi les quatre libertés fondamentales s'appliquant au logiciel libre) grâce à laquelle on pourrait télécharger ce qu'on voudrait quand on le voudrait, les redistribuer, les améliorer, les modifier... Et alors, là, le téléchargement ne sera plus une histoire de piratage.

Ce billet a été relu par Ptit FR[e]D, qui m'a apporté encore quelques petites idées.
Sources : Piraterie, Piraterie, Piratage, Pirate informatique, Liste de pirates, Fahrenheit 911 par Michael Moore, Conférence de Richard Stallman le 03/04/2007.