Comme ce titre ne l'indique pas, ce billet est une suite à mon premier billet sur le sujet du « piratage ». Si vous ne l'avez pas lu, je vous conseille de le lire parce qu'il pose un peu les bases de ce nouveau billet (et pourquoi pas les commentaires à ce même billet, où, entre deux trolls, des échanges intéressants ont pu avoir lieu). Ici, je donne donc de nouveaux points de « réflexion » et je m'attarde sur des points que j'ai juste abordé dans l'ancien billet, je me suis aussi inspiré de certains commentaires intéressants glanés un peu partout et de discussions relatives à tout ça sur les salons Jabber.


J'entamais ce billet en précisant que la notion même de « piratage » et de « pirate » était un complet non-sens, de part le fait qu'il insinuait que le fait de télécharger illégalement était un crime alors qu'en fait, ce n'est qu'un délit. Et encore, la loi en question n'étant toujours pas appliquée, pour le moment, ce n'est que la mise à disposition de fichiers sur lesquels on n'a pas les droits qui est considérée comme un délit. Mais, comme je l'écrivais, les médias, majors et ministres continuent de diaboliser le pirate. À tel point que le pirate est devenu un personnage populaire en France, au même titre que le plombier polonais d'il y a quelques temps où que la ménagère de moins de 50 ans.

Et ce cliché leur est en fait très utile. C'est un bon moyen de désigner le coupable. Il ne peut pas y en avoir d'autres, c'est lui, là, le pirate. L'industrie du disque se porte mal ? Logique, c'est les pirates qui téléchargent illégalement. La chose la plus intéressante là dedans, c'est que pour tout un tas d'autre sujet (ralentissement du commerce, baisse des ventes de téléphones portables, et tout un tas d'autres choses), on nous met tout de suite la faute au pouvoir d'achat qui est en baisse, mais là, non. Alors que ça semble pourtant logique que si les gens ont moins d'argent, ils préfèrent acheter à manger que de la musique (trop souvent de merde, en plus). 

Groland
« Comme tous les puissants, notre Président à une idée bien précise de sa fonction. Il fait comme les copains en allant saluer les chômeurs, les exclus, les travailleurs... Puis en allant ensuite se faire saluer par le patronat. »

Intéressons-nous à ce récent article qui fait état d'un appel lancé par 52 « artistes » français (je vous laisse évaluer la pertinence du terme « artiste » au cas par cas). Au cas où ce journal est lui aussi fan de l'archivage au bout d'un certain temps avec paiement pour y accéder, voilà la liste des signataires :

Etienne Daho, Christophe Maé, Kery James, Sinik, Francis Cabrel, Patrick Bruel, Jean-Jacques Goldman, Jenifer, Stanislas, Raphaël, M Pokora, Keren Ann, Thomas Dutronc, Eddy Mitchell, Isabelle Boulay, Maxime Le Forestier, Martin Solveig, Marc Lavoine, Calogero, Gérard Darmon, Pascal Obispo, Jacob Devarrieux, Elie Seimoun, Alain Bashung, Bernard Lavilliers, Rachid Taha, Bob Sinclar, Psy4delarime, Abd Al Malik, Anis, André Manoukian, Charles Aznavour, Alain Souchon, Mademoiselle K, Soprano, Arthur H, BB Brunes, Liane Foly, Emmanuelle Seigner, Ridan, Renan Luce, Zita Swoon, Johnny Hallyday, Empyr, Kenza Farah, Shine, Camaro, Diam's, Renaud, Romane Cerda, Cali et la Grande Sophie.

Quand on voit des gens comme Patrick Bruel (Dieudonné dit d'ailleurs quelque chose de très bien à son sujet dans son spectacle « Mes excuses ») ou Johnny Hallyday, on a du mal à prendre ce genre d'appel au sérieux. Ces gens là sont riches. Et l'argent qu'ils ont provient essentiellement de nos poches, tandis qu'eux, vont s'installer peinard à l'étranger pour payer moins d'impôt. Et c'est là que tout devient intéressant : tu es pauvre, tu n'as pas le droit de voler ; tu es riche, alors là, oui, tu peux voler. Selon moi, trouver un moyen pour ne pas payer ses impôts et donc, sortir du pays de l'argent qui lui revient (un artiste français vend à un français, cet artiste récupère de l'argent et paye ses impôts, une part de l'achat du CD revient donc à tous), c'est bien plus grave que de ne pas acheter un CD.

Le plus marrant dans tout ça, c'est qu'on continue de nous présenter ces artistes comme engagés pour un monde meilleur (quand comprendront-ils que s'exhiber la larme à l'œil dans les concerts de charité. ne nous apitoie pas ?), tout un tas de bonnes choses et du beurre dans les épinards. Un simple exemple au hasard, si on regarde la page Wikipédia de Patrick Bruel (non, je ne m'acharne pas !), on peut voir qu'il fait parti de ceux qui tentent de nous faire croire qu'organiser un concert va décider des terroristes à libérer des otages (et non pas de se faire du pognon sur le dos des abrutis qui en sont convaincus). On peut aussi parler de notre Johnny Hallyday préféré (ah non, toujours pas de l'acharnement !) qui a quand même été nommé Chevalier de la Légion d'Honneur (vous savez, cette décoration dénuée de sens qu'on donne aux copains, quand on est Président) pour avoir chanté une chanson de soutien à Chirac, par exemple. Donc en fait, on a affaire à des artistes très engagés politiquement pour notre bien à tous et il faut s'en réjouir et ne plus télécharger leurs « œuvres » parce qu'après, les pauvres, ils ne peuvent plus se faire construire leur 5ème résidence secondaire. Ou bien alors, on se moque de nous, c'est selon.

Surtout que, d'une manière plus générale, les salaires astronomiques que touchent ce genre d'« artistes » sont complètement malsains, envers les gens qui gagnent un salaire misérable à la sueur de leur front mais qui les écoutent quand même, et inutiles, parce qu'au bout d'un moment, on n'a plus rien à consommer, alors on épargne, sans jamais dépenser, sans aucun but. Et il en est de même pour nos majors adorés. Ces gens là se construisent leurs fortunes sur nos dos et commencent à s'inquiéter quand leurs revenus exagérés commencent à ralentir, c'est carrément honteux. Et on parle bien de revenus qui ralentissent, pas de revenus qui baissent, comme le dit cet article :

Cet appel résonne comme un coup de semonce après les pertes annoncées par la Sacem. La société collecte les rémunérations des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique a dressé son bilan : seulement 3 millions de plus collectés par rapport à 2007.

Ah, seulement 3 millions d'euros de plus ont été récoltés. Ah, les pauvres. Ah, c'est triste. Ah, mais qu'est ce qu'on attend pour mettre les pirates en prison ? À moins que ce soit plus lucratif de mettre au point un projet de loi liberticide avec plein de mesures disproportionnées.

D'ailleurs, on nous reproche de ne pas acheter de CD, et non de télécharger, contrairement à ce qu'on nous matraque médiatiquement. Parce qu'en fait, il est complètement impossible de dire qu'un CD téléchargé équivaut à une perte.
Si demain je télécharge un CD d'un artiste pour le découvrir et que j'aime beaucoup. Dans un élan de générosité, j'achète le CD dans la semaine, dans le but de faire un don (aussi minime soit-il) à l'artiste et puis d'avoir cette jolie pochette avec un petit livret plein de belles photos. Est-ce une perte ? Non.
D'après un intéressant article de Victor Ginsburgh, les concerts représentent 73% des revenus d'un artiste quand ses enregistrements en studio n'en représentent que 10%. Et, en 2008, quel est le meilleur moyen de se faire connaitre, d'assoir sa notoriété et de toucher plus de gens ? C'est bien d'utiliser Internet. De fait, si je télécharge un CD sur Internet et que je vais à son concert, je lui rapporte plus d'argent que si je ne faisais qu'acheter le CD. Est-ce une perte pour l'artiste ? Non. Est-ce une perte pour le major ? Oui. Mais bon, on nous matraque bien que c'est les artistes qui payent les pots cassés de nos téléchargements illégaux, hein, ça n'a jamais été les autres, hein ?

Le téléchargement va finir par tuer l'industrie du disque, oui. Mais il ne tuera jamais la musique, au contraire, il lui donne un second souffle !

Et puis en fait, si certains artistes utilisent Internet pour se faire connaitre et « percer » ou tout simplement pour distribuer tout ou partie de leurs CDs, c'est bien qu'eux, ont compris qu'Internet est le meilleur moyen à l'heure actuelle de partager la culture. Parce que quand un artiste crée une œuvre, certes il attend une rémunération, mais il ne faut pas non plus oublier qu'il le fait aussi et surtout pour passer un message, réaliser quelque chose de beau, voir des gens aimer ce qu'il partage.

Cet article avance aussi que le mode de diffusion commence à changer, comme c'est déjà arrivé dans l'histoire, et que les majors font tout pour l'empêcher. C'est vrai que ce n'est pas dans leur intérêt de se lancer dans un nouveau marché où ils ne savent faire que de la merde (des sites de vente en ligne de musique à très petites sommes, certes, mais avec des DRMs, le filtrage d'entrée sur les navigateurs, des fichiers .mp3 ou .wma, que des choses qui rassurent). D'ailleurs, sur les 52 artistes cités plus haut, combien ont réellement réfléchi à la question ? Combien ont laissé carte blanche à leurs producteurs pour leur « communication », qui se seraient alors empressés de mettre sur pied un simili-appel ?
Et je ne rêve, pas, je n'ai pas eu à chercher longtemps pour avoir ma confirmation, ça ressemble à une récidive :

Début 2005, son engagement dans une campagne contre le téléchargement illégal lui vaut quelques réactions de la part de ses fans. À la fin de l'année, le chanteur revient sur sa décision, s'explique avoir été mal informé sur le Peer to Peer et « embobiné » par Virgin, et distribue gratuitement sa chanson militante Dans la jungle sur un forum Internet d'un site de fans sans la permission de sa maison de disque[83]. Il met d'ailleurs par la suite à disposition des enregistrements rares ou inédits sur ce même site[84].
» http://fr.wikipedia.org/wiki/Renaud#Engagements_politiques

Qu'à cela ne tienne, les majors ont les moyens de changer l'opinion (en instrumentalisant les artistes pour faire passer leur message aux foules) et de changer la loi (en forçant notre bon gouvernement à proposer des lois très chouettes intégrant des choses vraiment bien comme une entité capable de sanctionner les gens, complètement indépendante de la justice). Dès que les gens auront bien intégré que le pirate tue les pauvres artistes, ils achèteront tous en diabolisant le pirate, et les majors auront encore et toujours plus d'argent à se mettre dans leurs petites poches !

Groland
« À propos de musique, je vous rappelle que le vol sur Internet c'est pas beau. Parce que les maisons de disques, eh bah, elles ont plus assez d'argent pour investir dans les jeunes talents... Eh bah tant mieux, hein ! Parce que, hé, faut voir ce qu'ils nous trouvent, hein ! »

De fait, il serait vraiment temps que les artistes se joignent à nous et fassent comprendre à ces gens là, que ce qu'ils font n'a plus aucun sens et ne rime plus du tout avec la diffusion de la culture. Ces artistes devraient maintenant s'intéresser au mouvement du libre et publier leurs œuvres sous des licences libres, assurant les 4 libertés fondamentales que sont :

  1. Liberté d'utilisation, pour tous les usages
  2. Liberté d'étude
  3. Liberté de redistribution de copies
  4. Liberté de modification et de publication de la version modifiée

Déjà, certains artistes distribuent tout ou partie de leurs albums gratuitement, sur Internet. Lorsque ces titres seront diffusés sous une licence libre, là, le principe de partage de la culture sera respecté. Le libre est d'ailleurs le seul mouvement qui respecte complètement ce principe. Tous les mouvements adjacents (Creative Commons, Open Source...) ne le respectent pas dans sa totalité, ne respectent pas les 4 libertés énoncées plus haut, sèment la confusion et en plus, utilisent le terme « libre » sans qu'il n'ait réellement de sens.

De plus, il n'est pas impossible de concilier distribution des titres d'un album sous une licence libre via Internet et vente du CD en magasin. Des auteurs le font bien. Les distributions GNU/Linux, aussi. Et puis, il ne faudrait pas non plus oublier l'importance des concerts et des dons. Si la première motivation d'un développeur de projets libres est de produire une application de qualité et non de se faire de l'argent, pourquoi ce serait différent pour un musicien ou un chanteur ? Où alors, ils ont tous la même motivation, c'est juste que ça ne convient pas aux majors et ils tentent de nous changer un peu notre façon de voir les choses.

Enfin, comme c'est une notion bien souvent mal comprise, je le répète ici : le libre n'est pas du domaine public ! Publier son œuvre sous une licence libre ne signifie pas de se défaire des ses droits d'auteurs (de toute façon, en droit français, c'est impossible), mais, ça assure l'accès à tous à la culture, ça permet à quiconque de se baser sur une œuvre pour en faire une autre, ou de l'adapter pour ses usages personnels ou tout simplement, de savoir comment elle est faite. Ce n'est quand même pas rien. De même, il existe un autre préjugé à combattre : le libre n'est pas synonyme de gratuit ! Publier son œuvre sous une licence libre ne veut pas dire qu'on ne sera pas rémunéré. C'est juste que le modèle est complètement différent, on pourrait même dire qu'il donne une part plus importante à l'œuvre en elle-même plutôt qu'à sa rémunération, en s'intéressant d'avantage à garantir son usage, étude, modification et redistribution qu'à définir un moyen pur et simple de se faire du pognon.

Bref, un message aux artistes : publiez vos œuvres sous une licence libre : GNU GPL, Licence Art Libre, ou autre. Ces deux licences, en plus, sont à copyleft, ce qui veut dire que tous les travaux dérivés des œuvres d'origines seront forcément libres, eux aussi (c'est à dire que si quelqu'un modifie l'œuvre originale et décide de distribuer sa version modifiée, il devra le faire sous la même licence ou une licence compatible). Ainsi, votre travail est et restera libre.

Et un autre message, maintenant, à tous les autres : téléchargez, allez aux concerts, continuez d'aimer la musique et surtout pas l'industrie du disque qui de toute façon, court à sa perte !

PS : Si ça continue comme ça et que j'écris un nouveau billet sur le sujet dès que j'ai d'autres idées, il faudra que l'un de vous se porte volontaire pour tout synthétiser et en faire un énorme billet ou un truc du genre \o/