Avertissement : ce billet possède une forte concentration d'idées pouvant malheureusement s'avérer déconnectées de la réalité actuelle qu'on nous rabâche dans les médias, veuillez éteindre votre télévision et allumer votre cerveau avant de le lire. De même, il est fortement conseillé d'avoir lu mes deux précédents billets sur le sujet (un et deux) ainsi que leurs réactions pour bien comprendre où je vais (ce billet est en fait une réponse un peu plus évoluée que mes commentaires aux arguments donnés). Le titre est nul, je sais, mais il résume bien.

Suite à mon deuxième billet relatif à cette vaste plaisanterie qu'est la lutte contre le piratage qui, selon nos entreprises préférées du moment, tue l'industrie du disque les artistes, le principal argument qui s'est opposé était celui du « vol » uniquement justifié par le fait que tout travail mérite salaire.

On a ainsi pu voir certains commentaires à ce billet (ainsi que même une flamewar puérile et stupide sur le forum d'un planet qui a censuré mon billet). Voici des extraits montrant donc que pour eux, le travail des gens qui ont créé l'album doit être récompensé :

Je fais partie des gens qui ont certaines valeurs, parmi lesquelles le fait qu'un travail mérite salaire. Par conséquent, sans entrer dans des détails qui m'échappent, je pense qu'un chanteur doit gagner de l'argent pour ses oeuvres.
http://www.cyrille-borne.com/index.php?post/2008/06/26/Pourquoi-le-piratage-est-un-vrai-probleme-et-la-loi-Hadopi-peut-etre-notre-amie

Les musiques et autres dont on parle ne sont ni libres ni gratuites, le parolier, les musiciens, les ingénieurs du son, l'arrangeur on fait un travail.
http://xbright.codingteam.net/dotclear/index.php/post/2008/06/23/Pourquoi-le-piratage-est-un-faux-probleme-Le-pirate#c12376

En fait, il n'y a quelque chose que je ne comprend pas. Nous sommes face à une sorte d'élitisme considérant comme « noble » des choses telles que la musique, le film... Et les seuls arguments qu'on peut nous dire pour défendre la supériorité de la musique et du reste contre les logiciels, par exemple, c'est que la musique transmet une émotion quand le logiciel a un aspect pratique.

Sur un autre blog, emilpoe a d'ailleurs cité Molière, et une autre citation de ce même auteur convient bien :

L'écriture ressemble à la prostitution. D'abord on écrit pour l'amour de la chose, puis pour quelques amis, et à la fin, pour de l'argent.

Ce qui prouve bien que le faire pour de l'argent dénature l'art. Et vouloir absolument toucher une rémunération pour chaque travail fournit n'est pas forcément une bonne vision des choses.
En quoi les nuits perdues d'un auteur/compositeur qui veut créer une belle chanson seraient plus précieuses que celles d'un développeur bénévole qui veut créer un bon logiciel. En quoi les nuits de cet auteur/compositeur sont d'une valeur supérieures et mériteraient donc d'être rémunérées ? Parce que c'est un artiste ? Non ! En fait, si on base la valeur de l'œuvre finale sur le temps de travail nécessaire, il n'y a aucune différence.
Et quand les deux créations sont issues de deux hommes de même valeur qui fournissent la même valeur de travail pour arriver à deux produits « de qualité », pourquoi l'une des deux créations devrait être décrétée, simplement de part sa nature, supérieure à l'autre ?

Si on s'intéresse un peu au développement d'un logiciel libre, on trouve des développeurs, des traducteurs, des graphistes, des empaqueteurs... Certains sont employés par des entreprises pour travailler sur ces projets tandis que d'autres sont bénévoles (et ils sont si nombreux...). Les bénévoles qui y participent n'attendent rien en retour et n'ont d'ailleurs rien en retour. Pourtant, certains projets ne comptent parmi eux que des bénévoles qui fournissent un travail de qualité : il y a pléthore de projets de logiciels libres de qualité où aucun membre du projet n'est payé pour le travail fournit.

On voit donc bien que deux modèles s'opposent :

  • le premier, où on fournit un travail dans le but de toucher une rémunération
  • le second où on fournit un travail dans le but de rendre un service
Dans ce second système, la rémunération peut se faire (parce que libre ne veut pas non plus dire gratuit) après la production, via la vente de services.
Pour un logiciel, on peut imaginer du support à l'utilisateur alors que pour une chanson, on peut imaginer des concerts. On peut aussi imaginer des produits dérivés (mascotte, vêtements...) ou bien de la vente « en boite ».

On entend beaucoup de gens s'inquiéter du libre, qu'elles considèrent comme une négation des droits d'auteurs. Mais c'est faux. Le mouvement du libre peut tout à fait s'inscrire dans le contexte actuel. Et, lors de l'émission de France Inter, à cette question : « Alors que le droit d'auteur existe dans tous les domaines : musique, science, technologie, littérature, théâtre... bref, tous les domaines de la création intellectuelle ou artistique, je vois mal en quoi il faudrait faire une exception pour l'informatique. », Richard Stallman répondu :

Il faut noter que le logiciel libre a toujours existé dans un monde où il y a le droit d'auteur sur le logiciel. Et, la grande majorité des programmes libres ont un droit d'auteur. Mais, le détenteur du droit d'auteur a décidé de libérer le code sous une licence libre. La licence libre c'est une déclaration du détenteur des droits autorisant [à] tout le monde les quatre libertés essentielles. Mais, je ne dis pas qu'il ne faut pas y avoir un droit d'auteur sur le logiciel, ce que je dis c'est que le logiciel doit être libre pour ses utilisateurs.

Eh oui, faire une création et la distribuer sous une licence libre ne signifie pas perdre sa paternité et les droits qui en découlent sur cette création. Cela signifie « juste » accepter de donner quatre libertés à tout le monde (l'utilisation, l'étude, la modification et la redistribution). Et ces libertés sont fondamentales pour respecter le principe de culture et de partage de celle-ci entre les hommes.

Si les contributeurs bénévoles du logiciel libre l'ont compris, en quoi les musiciens, chanteurs... ne le comprendraient pas ? Peut-être aussi que ces gens là ne sont pas au courant du mouvement du libre, trop souvent réduit à une simple manière de libérer les sources ou de rendre un logiciel gratuit (véridique, ça vient des cours qu'on m'a donné à l'Université...). Et en fait en ce moment, entend-t-on les artistes ? Parce qu'en fait, ce sont les majors que l'on entend se plaindre et d'ailleurs, de plus en plus d'artistes savent qu'Internet est une très bonne chose pour la diffusion de leur musique. Il suffit juste maintenant que ces artistes apprennent ce qu'est que le libre et en quoi cette philosophie peut redonner à leurs créations l'aura qu'elles méritent.

Mais, opter pour un système où les œuvres seraient libres ne veut pas forcément dire qu'elles seraient gratuites. Et il est normal que si une personne désire obtenir une rémunération sur le travail qu'elle fournit, elle l'ait.
D'ailleurs, on peut voir tout un tas de modèles de rémunération pour les artistes, plus ou moins identiques à ceux utilisés par les entreprises dans le monde du logiciel libre, si tant est que les artistes en question veulent absolument faire de l'argent via leurs créations. Selon moi, le principe du don - trop souvent négligé - est primordial. Si j'aime bien un artiste, le seul moyen que j'ai de lui faire un don, chez moi, c'est d'acheter son CD (vu que c'est pas demain qu'on verra de vrais artistes venir à La Réunion...) alors qu'en fait, moi, j'aimerai juste faire un don.

De plus, certains pensent qu'on ne peut pas allier téléchargement gratuit d'un produit et vente en magasin (ou en ligne) de ce même produit. Ce qui est complètement faux, il suffit de voir que, dans le monde du logiciel libre, certains le font. On peut ainsi télécharger Mandriva One ou acheter le Mandriva PowerPack. On peut aussi télécharger Ubuntu ou acheter Ubuntu. Les exemples sont si nombreux qu'on ne pourrait pas tous les citer, mais, dans tous les « business-model » retenus par les entreprises œuvrant dans le domaine du libre, beaucoup gardent encore le principe de vente du produit pourtant téléchargeable.

Aussi, quand on décide d'aider quelqu'un, on pense tout de suite à lui donner de l'argent. Ça pourrait se traduire complètement différement : si vous vouliez aider un artiste et que vous disposiez de compétences plus ou moins liés à ce qu'il fait, vous pourriez tout simplement vous proposer plutôt que de lui donner de l'argent. Pourquoi vouloir toujours rebondir sur un souci monétaire ? De même, quand on discute avec des bénévoles qui participent au mouvement du libre (comme développeurs, traducteurs...), aussi minime ou importante que soit leur contribution, ils le font pour le plaisir, pour se former...